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mardi, 27 novembre 2012

Un léger mal de tête…

harsnaqar3-370x246.jpgYéva* travaillait dans ce restaurant  à Erevan du 15 mai au 17 juin 2012.
Depuis le 17 juin, elle n'y travaille plus. L'excessivement sympathique patron du restaurant, un certain Ruben Hayrapetyan, par ailleurs président de la fédération de football et député du parti républicain, a eu le regret de voir la réputation de son établissement quelque peu altérée par un regrettable incident, au terme duquel un médecin militaire, nommé Vahe Avetian, a bêtement perdu la vie, après avoir été confortablement secoué par des gardes du corps dudit avenant et courtois Ruben. Petite nature, Vahe a lamentablement arrêté de vivre après de légères fractures du crâne, douze jours après ce traitement de faveur. Migraine ?…
Le problème, pour Yéva, c'est qu'elle  a été témoin d'une discussion au cours de laquelle l'aimable M. Hayrapetyan proposait de « punir » le médecin Vahe Avetian, en projetant purement et simplement de l'assassiner, ce à quoi le garde du corps répondit favorablement.
Le forfait  ayant été commis, restait que Yéva avait tout entendu concernant le coup de main ourdi par les pieds nickelés à la solde de l'oligarque. Dès lors, les menaces se mirent à pleuvoir tant à son encontre qu'au sujet de l'intégrité physique de ses deux enfants, âgés de huit ans et de dix ans.
Naturellement, elle déposa plainte auprès de la police, mais la maison Poulaga locale lui fit comprendre qu'on ne mangeait pas de ce pain là et on refusa tout net d'enregistrer sa plainte ( «  ես մեկ անգամ եմ փորձել բողոքել դրանից հետո ամեն ինչ ավելի վատացավ եվ ինձանից դիմում չվերցրեցին ». Pire, dès lors, en sus les menaces répétées des gardes du corps d'Hayrapetyan, la police militaire entreprit de se joindre aux sicaires de Ruben pour lui faire comprendre, avec insistance, qu'elle aurait tout intérêt à la boucler, et qu'au besoin, ils pouvaient l'aider à la fermer définitivement… ( « կարելի է ասել բոլորը: ոստիկանությունը թիկնապահները ռազմական ոստիկանությունը » )
Depuis, elle n'a eu cesse que d'échapper à cette atmosphère de terreur, craignant pour sa vie et celle de ses enfants. Ces derniers jours, elle a pu partir, avec ses enfants, pour Saint-Petersbourg afin de se diriger vers Paris le 20 novembre.
Libérée de la zone de rétention le 24, elle fut reçue un temps chez l'oncle d'un ami à Paris, puis elle fut transférée à Châlons-en-Champagne où elle arriva lundi matin.
Alors que les demandeurs d'asile originaires d'Arménie, Géorgie ou d'autres contrées affluent à Châlons sans savoir quel sort les attend, Mrs. Higgins, devant le spectacle de cette mère et ses deux enfants réduits à dormir dans la rue, s'est chargée de les accueillir à la maison. C'est ainsi que je les ai trouvés en rentrant du travail.
Combien de temps cela durera-t-il ?

Selon Benoist Apparu, obscur adjoint au maire de Châlagne-en-Champons, le problème doit être réglé par la « rotation » habituelle : c'est à dire le temps que les demandeurs d'asile obtiennent un rendez-vous à la préfecture, se voient alors la possibilité d'être hébergés temporairement, puis au bout d'un certain laps de temps, être expulsés vers le pays qu'ils cherchaient à fuir. Souhaitons à Bruno-Bourg-Broc, le maire, et à Benoist Apparu de se joindre ne serait-ce qu'un instant à ceux qui essaient de comprendre un peu le sort de ces exilés de force, afin de trouver une autre solution qu'un coup de pied au cul une année après l'arrivée sur le sol français.
Sic transit gloria mundi…

(*) Prénom d'emprunt.

10:34 Écrit par boeufquipleure dans Dans la Mangeoire du Bœuf Blanc | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Super boulot ! Je vous conseille de voir ce que leur demande d'asile va devenir à l'OFPRA puis à la CNDA... où ils seront déboutés. Histoire de continuer à suivre cette histoire de vie et de vérifier ce qu'on fait de la prise en compte des préjudices dans notre pays !

Écrit par : Mapie | mercredi, 28 novembre 2012

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