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lundi, 18 juin 2012

Le Coup du Crocodile en Plastic…

18 juin 1961. Rien de tel que cette date du 18 juin pour régler quelque compte avec un certain Général revenu au pouvoir trois ans auparavant. De préférence sur un convoi Paris-Strasbourg devant passer par la Lorraine, pour ajouter un zeste de symbolique surnuméraire…
On s'arrange pour qu'un engin explosif, ayant pour mission d'envoyer le cortège ferroviaire sur la plus haute orbite possible, soit placé à un point où deux convois doivent de croiser aux fins de décupler l'effet recherché. Quoi de mieux qu'un « crocodile »
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pour y placer la charge, le passage de la locomotive devant assurer la mise à feu du dispositif par l'intermédiaire du balai équipant toutes les machines.
De surcroît, placé à cet endroit, en pleine courbe, l'engin explosif, s'il fonctionnait comme prévu, enverrait immanquablement le convoi dans un étang situé en contrebas…
L'état-major des joyeux drilles ayant fomenté l'insurrection algéroise ayant préconisé qu'on organisât un carnage sur diverses voies ferrées, l'OAS, usant de sa légendaire bienveillance, se chargea d'organiser cette surprise-partie en ce coin bucolique du Perthois.
Néanmoins, il y eu une fuite au sein du groupe de conjurés, et une note parvint fin mai ou début juin au chef de gare de Vitry-le-François expliquant qu'il se tramait quelque chose dans les environs. Mais il fut jugé que cela ne pouvait être qu'une plaisanterie, et les autorités ne prirent aucune disposition particulière.
Le dimanche 18 juin 1961, je n'étais pas bien vieux. Pourtant, je m'en souviens comme si c'était hier. La radio annonça très rapidement, vers seize heures trente, probablement, « l'accident du Paris-Strasbourg » sur le territoire de la commune de Blacy, juste à côté de Vitry-le-François. À cette époque, mon père était le directeur de l'hôpital rural de Thiéblemont-Farémont, situé à douze kilomètres du lieu de la catastrophe. N'écoutant que son courage et les informations de la TSF, mon brave paternel courut séance tenante mander un adjoint des cadres de l'établissement afin qu'il l'accompagnât dans une tâche aussi précipitée qu'improvisée de sauveteur, au volant du véhicule sanitaire de l'établissement.
On attendit le retour des héros avec une certaine fébrilité. Le récit des preux chevaliers fut on ne peut plus bref. Arrivé sur les lieux, bien que des sauveteurs aient pu atteindre les voitures enchevêtrées à demi-noyées dans l'étang où elle avaient chu, s'étaient également formés quelques cordons, bien peu sanitaires, ceux-là, empêchant les secours de progresser vers les lieux de la catastrophe, avec quelques individus déterminés à faire reculer les secouristes de tout poil. Le rapport  qu'en fit mon père mentionna le nom d'un individu qu'il savait gagné par les idées de l'OAS et qui avait en l'occurrence décidé de faire la fête à quiconque entreprendrait de porter secours aux victimes. C'est donc en cette occasion que, quoiqu'étant âgé de moins de 6 ans, j'appris ce que pouvait représenter l'extrême-droite avec son cortège de bienfaisance et de grandeur d'âme.
oas_veille-a10f1.jpgDu train ayant déraillé à seize heures 13 et s'étant échoué dans le marais voisin, on extirpa 28 morts et 170 blessés.
Bien que l'unité spéciale anti-OAS dirigée par le commissaire Jacques Delarue ait eu rapidement la conviction que l'OAS était bien responsable de ce massacre, il fallut attendre le 2 février 1964 pour que Le Monde titre  « Le déraillement de Vitry-le-François a été provoqué par un attentat  ». Pourtant, très tôt, Robert Buiron, le ministres des Travaux publics et des Transports révéla lors d'un conseil des ministresqu'il s'agissait bel et bien d'un attentat . Malgré l'opposition de Jean Foyer, l'alors garde des Sceaux, arguant du fait qu'il s'agissait d'une affaire couverte par le secret de l'instruction, ce dernier s'écrasa mollement lorsque Mongénéral exigea qu'on lui exposât toute la vérité. Buiron confirma alors que l'attentat avait été provoqué par un un dispositif d'amorçage par détonateur électrique. Cela n'empêcha pas que l'affaire atterrisse devant la Cour de sûreté de l'État… pour aboutir à une ordonnance de non-lieu le 19 décembre 1963.
Pour avoir soutenu les familles des victimes, le député Jean Degraeve déclara, par écrit : « le déraillement est entièrement imputable à l'OAS qui l'a commis et à la police qui n'a vraisemblablement pas pris les mesures qui s'imposaient…». Jean-Jacques Degraeve, le fils de l'ancien député m'a confirmé cela il y a peu de temps, en me précisant qu'en raison de menaces de mort provenant de l'OAS, son père dut avoir recours durant plusieurs années à une protection policière.
Dans l'histoire, c'est la SNCF qui porta le chapeau et fut condamnée à verser des indemnités aux familles de victimes… C'était le temps béni où les casseurs OAS n'étaient pas les payeurs…

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