Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 29 mai 2012

De l'Usage Intéressé de Certains Pouvoirs de l'Horreur

Peut-être avez-vous déjà eu l’occasion de voir cette bande dessinée de Sempé, où est représenté un homme qui aperçoit devant lui un type qui marche sur une peau de banane et va se ramassant sur le sol dans une chute spectaculaire ?  Le gaillard ne peut s’empêcher de contenir son rire alors qu’il s’approche d’une masse de gens qui attendent sur un trottoir. Il s’agit d’une file d’attente devant un cinéma. L'image suivante nous montre le même gars, toujours pouffant, et l’affiche d’un film burlesque de Charlie Chaplin incarnant Charlot. Vient alors un plan de la salle où les spectateurs patientent sagement en attendant le début de la projection, tandis que notre bonhomme continue à se tordre en se remémorant la chute malencontreuse du quidam sur la peau de banane. Début du film, notre homme est toujours désopilé, alors que la salle est dans l’obscurité, et que tous les spectateurs scrutent avec sérieux et attention les premières images du film. Arrive alors Charlot, qui pose le pied sur une peau de banane, et se vautre de tout son long : toute la salle éclate de rire, sauf une personne, qui ne rit plus du tout. Sur l’image ultime, alors que toute la salle se gondole, notre moqueur du début écrase une larme, de tristesse…
La deuxième chose qui me vient à l’esprit avant de vous conter le corps de mon billet qui va suivre, c’est la nouvelle de Marcel Aymé, « Dermuche », qui met en scène un personnage fruste, sans foi ni loi et meurtrier de trois personnes, mais que l'aumônier de la prison considère comme « innocent » après l’avoir entendu raconter sa vie, et s’être aperçu que l’assassin n’était qu’un simple d’esprit… À force de prières, Dermuche sera transformé miraculeusement en nouveau-né dormant sur la paillasse où il attendait son exécution.
— Nom de Dieu! s’écria le directeur qui s’était penché sur l’enfant. Regardez donc, là sur la poitrine, il a les mêmes tatouages que Dermuche. Les assistants se penchèrent à leur tour. L’enfant portait sur la poitrine deux tatouages symétriques, figurant, l’un, une tête de femme, l’autre, une tête de chien. Aucun doute, Dermuche avait exactement les mêmes, aux dimensions près. Les gardiens s’en portaient garants. Il y eut un silence d’assimilation prolongé.
— Je m’abuse peut-être, dit M. Leboeuf, mais je trouve que le nourrisson ressemble à Dermuche autant qu’un enfant de cet âge puisse ressembler à un homme de trente-trois ans. Voyez cette grosse tête, cette face aplatie, ce front bas, ces petits yeux minces et mêmes la forme du nez. Vous ne trouvez pas ? demanda-t-il en se tournant vers l’avocat du condamné…
Et l’enfant, dont l’identité ne pouvait que correspondre à celle de Dermuche, sera guillotiné.
Maintenant, j’en viens au sujet dont je voulais vous entretenir. Pour cela, reportons-nous à l’article suivant, paru le 26 mai.
201205264fc055d9d6078-1-593424.jpgIl ne fait aucun doute que le triste personnage décrit dans cet article, porteur d’un tatouage dorsal à la gloire des exploits du IIIe Reich, militant et fils d’une militante, élue du Front National, et qui fut lui-même candidat aux élections cantonales pour le compte du même parti d'extrême-droite, aura du mal à inspirer quelque poussière de sympathie pour la cause qu’il paraît défendre, si l’on se fie aux éléments exposés par l’auteur de l’article. Cause indéfendable ? Pour ce qui est de l’idéologie véhiculée, il ne fait guère de doute que seuls les accrocs aux délices et délicatesses de la croix gammée et autre croix de fer peuvent être un tantinet sensible à l’humour particulier exhalé par la ferrade dorsale du militant extrémiste. Maintenant, si vous le permettez, intéressons-nous un brin au cas du rédacteur de l’article, qui écrit par ailleurs dans le même journal une rubrique dominicale intitulée « satyricon » où il s’emploie régulièrement à vomir, incendier, massacrer, ridiculiser et conchier tout ce qui se situe sur la senestre du fameux activiste et révolutionnaire François Bayrou. L’occasion, au demeurant confortable, pour l’auteur de l’article, de morigéner une proie facile tant elle est repérable par son outrance, ne doit pas faire oublier qu’il aurait pu, et dû, approfondir son enquête afin de mieux cerner la personnalité de ce curieux et excessif trublion frontiste.
Car il se trouve, qu’avant d’être ce qu’il est aujourd’hui, ce type infréquentable fut un enfant, un enfant dont il m’est impossible, ou plus exactement interdit, de préciser ici certains épisodes particulièrement effrayants, traumatisants, relevant de l’horreur et de l’épouvante. Une rare violence, et de probables blessures psychologiques réelles que nul ne mérite de vivre au cours de son existence. Des événements qui ont, sans aucun doute, « encré » tout le contenu de leur horreur, non seulement dans la peau - ce qui signe à mon sens son irresponsabilité - mais aussi dans le psychisme de ce « misérable »…
Si le Front National doit assumer le fait d’avoir dans ses rangs des individus manifestement indésirables, ou exhibant des signes ostentatoires de propagande nazillonne… sur la plage, et pour cela, il lui restera du ménage à faire, maintenant, il ne serait pas inutile que de son côté, M. Philippe Le Claire consulte, ou relise, la nouvelle de Marcel Aymé, et qu'il en tire, on peut rêver, matière à réflexion, sans quoi il pourrait se retrouver - qui sait ? - comme le petit bonhomme de Sempé, bien esseulé…

samedi, 19 mai 2012

Renzo et Jarno s'en vont à moto…

20 mai 1973. Sur le célèbre circuit de Monza, en Lombardie sera bientôt donné le départ du Grand prix d'Italie motocycliste pour la catégorie des 250 cm³. La course des 350 cm³ vient tout juste de de terminer, avec une nouvelle victoire de Giacomo Agostini. La monture de Walter Villa, qui a tout de même fini en cinquième position malgré une casse mécanique, a perdu de l'huile sur la piste à la hauteur de la Curva Grande. Les organisateurs, pourtant prévenus de la présence de cette flaque inquiétante, plus préoccupés du respect des horaires de la compétition que de la sécurité des pilotes, n'accordent aucune importance à ces peccadilles. Après tout, ces pilotes, s'ils sont vraiment des champions, ne sauraient reculer devant le moindre aléa…
Ainsi donc, les pilotes s'installent sur leur emplacement de départ. Le chouchou des spectateurs italien, c'est Renzo Pasolini, au placide regard chaussé de lunettes à monture épaisse, qui concourt au guidon d'une Harley-Davidson qui, en dépit d'un nom très étasunien, est bel et bien une machine italienne. C'est un favori pour la victoire dans cette course. Mais il aura fort à faire avec Jarno Saarinen, un jeune ingénieur finlandais, qui casse la baraque depuis quelque temps et qui, avec un style pour l'instant incomparable, se joue des courbes les plus rapides des circuits avec une aisance inouïe, balançant sa Yamaha perché dans de vide, n'étant retenu que par de dessous du genou au dosseret de la selle de son engin.
Le départ est donné, les pilotes poussant eux-même la moto pour la faire démarrer, comme c'est l'usage à cette époque. Les bolides s'élancent en ordre dispersé, mais la hiérarchie retrouve ses droits au bout d'un kilomètre de course.
Quand le petolon arrive à la hauteur de la Curva Grande, Renzo Pasolini aborde le virage en tête, mais la piste, encore souillée par l'huile laissée par la moto de Walter Villa, ne fera aucun cadeau au Pilote de l'Harley-Davidson : il glisse et percute le rail de « sécurité », tué sur le coup. Jarno Saarinen glisse aussi, une fraction de seconde après Pasolini, chute et se relève : c'est alors qu'il est frappé de plein fouet par un concurrent lancé à pleine vitesse, et qui ne peut l'éviter. Dix-neuf pilotes chutent en tout, et parmi eux cinq sont plus ou moins gravement blessés. Saarinen  et Pasolini morts dans la même course, dans un véritable carnage, tout devait s'arrêter là.


Depuis cette date, quand je vois une moto, je pense inévitablement à cette course apocalyptique…

10:00 Écrit par boeufquipleure | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |