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vendredi, 25 novembre 2011

Un malade temporaire, c'est…

À la demande générale de Alice_M, je m'en vas vous conter comment naquit mon inclination pour la réplique incisive et ma relative assuétude pour la repartie.
C'était au temps où j'étais encore étudiant. À Reims, précisément. Au temps lointain où les communisses avaient réussi le tour de force d'installer un maire de leur parti dans les plus importantes villes d'un département votant pourtant imperturbablement à dextre depuis des lustres.
Là où j'étais alors en stage était un service hospitalier, installé, comme une école - et pas comme une banque - dans un préfabriqué, doté, à l'instar d'un interminable titre de film de Michel Audiard, d'un improbable intitulé : « Intersecteur de Psychiatrie Infanto-juvénile et de Psychothérapie ».
En ces temps bénis était demandé aux stagiaires d'assister aux réunions de synthèses qui, dans ce service, tenaient lieu de grand-messes, avec comme célébrant le chef de service, un ponte probablement parisien - et fermement lacanien - au patronyme évoquant une marque de bolides transalpins.
La première fois que j'eus à assister à cette cérémonie, arrivant quelque peu en avance, je fus invité à emprunter le couloir menant au sanctuaire après m'être fait ouvrir la porte solidement fermée à double-tour. Décontenancé par le comportement des enfants et adolescents internés dans ce service, je n'en menai pas large et il me fallait avancer sans montrer d'inquiétude.
C'est alors que survint un certain Boniface * qui s'avança vers moi, et m'interpela avec une certaine vigueur.
— Bonjour Docteur ! ( je portais une obligatoire blouse blanche ).
— Mais, je ne suis pas Docteur…
— Oh ! excusez-moi, Professeur ! Boniface M. , psychotique…
— Ah ! oui, très bien… Mais au juste… qu'est-ce qu'un psychotique ?
— C'est un malade temporaire.
— Bien sûr, où avais-je la tête ?… Mais, un malade temporaire, c'est…
— Un malade permanent !
Je n'ai jamais vécu depuis un dialogue aussi empreint de logique, de profondeur et de justesse. Bien entendu, la méprise initiale quant au rang du porteur de blouse blanche pourrait laisser à penser que l'esprit de cet adolescent renvoyait à l'innocence, mais la définition de la psychose qui suivait ne laissait aucun doute quant à l'esprit de finesse dudit Boniface.
Quelque temps plus tard, le même énergumène fit irruption, silencieusement, dans la salle de réunion où se tenait une synthèse présidée par le professeur agrégé Ferrari. Ce dernier ne s'était pas aperçu de la présence de Boniface, qui en avait profité pour se rapprocher de lui, puis de lui chatouiller malicieusement sa calvitie en ajoutant : — Tout va bien, Professeur agréé Ferrari ?
— Ça suffit, Boniface, tu vois bien que nous sommes en train de travailler, je te demande de sortir !
— Ne vous fâchez donc pas, professeur agressé Ferrari…

Alors, en définitive, ne cherchez pas une définition de la repartie : tout était dans ces délicieuses répliques de Boniface, qui en fait n'était pas psychotique, mais souffrait néanmoins d'une pathologie moins amusante que ses reparties…
(*) le prénom a été un peu modifié…

19:56 Écrit par boeufquipleure dans récits | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

C'est savoureux, merci ! (mais quelle était donc la pathologie dont souffrait Boniface ?

Écrit par : ALiCe__M | vendredi, 25 novembre 2011

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