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mercredi, 23 septembre 2009

Comment se faire rouler

regolo.jpgComment, dans la vie, débuter brillamment, pour se faire ensuite mener en bateau, et  échouer lamentablement, se faisant rouler en beauté, et tout ça pour des clous ?
Attilius Regulus -ou en italien d'aujourd'hui Attilio Regolo- n'avait, malgré ce que semble vouloir faussement indiquer son patronyme, rien de particulièrement marrant. Ce dignitaire romain, en bien des occasions, eut pour loisir de mettre au pas maintes lointaines peuplades péninsulaires récalcitrantes, voire frondeuses, pour ne pas dire rebelles, en sorte qu'il fut un temps lauréat du concours de circonstances qui l'expédia vers la région des Pouilles dans le but de prendre la tête de troupes fortement cuirassées ardemment désireuses de réduire en purée cette populace tout aussi méridionale que méprisée. On appela ces réjouissances guerres puniques qui se révélèrent, par proximité phonétique, et par usage immodéré du glaive et de la lance  tout de même très punitives.
Tout auréolé de cette récente gloire martiale, son retour en vainqueur dans la capitale suscita une certaine admiration parmi l'assemblée de blanches toges devant laquelle il fit un rapport circonstancié quoiqu'un peu hâbleur.
Ses qualités de stratège et ses preuves de courage, dûment homologuées ainsi que gravées dans le travertin servant à l'enregistrement des performances de l'époque, incitèrent les sénateurs assemblés à proposer à Attilius Regulus d'aller se faire voir ailleurs. Entendons-nous bien, ailleurs que chez les Hellènes. Contrairement à tout ce que l'on croit, tous les chemins ne mènent pas à Rome, surtout lorsqu'on est déjà au cœur de la cité-mère, et c'est dans une succursale d'Afrique du Nord que célébra beaucoup plus tard un chanteur ténébreux qu'on l'expédia, en 256 avant J.-C., avec de nombreuses armes et fort peu de bagages. La mission qui lui était assignée ne consistait nullement en l'implantation d'un nouveau village du club Méditerranée, mais de réduire la menace que représentait cette Carthage prête à tous les soulèvements, complots, révoltes, fourberies et vacheries en tous genres. Le Carthaginois, on le sait, est par nature un être peu avenant, discourtois, rugueux, brutal et au coup de surin facile.
Le voyage fut bref et l'avancée terrible. De caractère naval, la rencontre initiale se solda par une victoire nette et rapide du consul romain. Maints prisonniers furent faits et conduits au cachot.
La deuxième rencontre se fit quelque temps plus tard en plus terrestre lieu. Attilius Regulus, qui avait le trait, n'attendit point que l'adversaire déclenchât la clepsydre pour avancer de deux cases son premier pion.
Alors que l'action paraissait fort bien engagée -en dépit d'une ouverture d'un classicisme peu en rapport avec les qualités qu'on reconnaissait de façon unanime à Regulus- et que les assaillants pouvaient entrevoir une conclusion heureuse, le vent tourna en faveur des défenseurs à tel point qu'ils réussirent, par une
habile manœuvre combinatoire, à effectuer une terrible «fourchette» à l'effet dévastateur, permettant de mettre la main sur le celui qui avait juré de leur faire rendre gorge.
Les Carthaginois proposèrent en définitive un deal au captif : il repartirait pour Rome avec la mission de négocier devant le sénat qu'on leur fiche un peu la paix et qu'on leur rende au plus vite une bennée de prisonniers.
Reparti pour Rome avec quelques-uns de ses hommes, Attilius Regulus se présenta devant le sénat en livrant publiquement les tenants et les aboutissants du conflit dans lequel il était empêtré.
On supposait que le consul chercherait par tous les moyens à préserver sa peau : n'avait-il pas promis à ses adversaires de se présenter devant eux au cas sa mission aurait échoué.  Pourtant il demanda qu'on n'accédât en aucun point à la demande  de l'ennemi ! Et le sénat tout entier le suivit.  Il se présenta bien devant ses adversaires, peu ravis de la nouvelle qui ne les arrangeait guère. Les chefs de Carthage lui firent payer cher ce coupable forfait, qui valait trahison. C'est lui qui fut puni, avec toute  la cruauté qu'on peu supposer.
tonneau.jpgUne visite au Castelvecchio, à Vérone, durant l'été 2003, fut pour moi  un véritable supplice, alors que les thermomètres affichaient 38°C à l'intérieur des salles pourtant climatisées du musées. Pourtant, cela ne représentait plus grand chose après avoir trouvé, au fond d'une salle obscure, une huile sur bois représentant le martyre d'Attilio Regolo. L'image du supplicié dévalant la pente d'une colline à l'intérieur d'un baril rempli de clous et de lames laissait imaginer que l'épreuve n'avait aucun rapport avec les joyeusetés mygalesques d'un vulgaire Fort Boyard...
Au fond, on se doute bien qu'il y a beaucoup de légende en sur-couche dans cette représentation tenant de la construction grand-guignolesque.  Et puis au fond, un Romain ne pouvait qu'être héros ou martyr.
Saint Augustin, qui avait à vrai dire observé la scène d'assez loin, penchait sur l'enfermement en station debout, dans une boîte hérissée, dans son intérieur, de longues pointes métalliques. Quel plaisir était-il possible d'éprouver à la vue d'un condamné tentant désespérément de résister au sommeil, à la faim et à la soif tout en gardant station verticale ?
On peut toujours se dire que ça, ou le croc de boucher, ce n'est en définitive qu'une affaire de goût...

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