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mercredi, 10 décembre 2008

Tous aux abris !

En ces temps difficiles, où il est question de vouloir ficher (comme Freddy Lefebvre, monsieur-loyal de l'huemmepée) les délinquants notoires qui sévissent, dès l'âge de trois ans dans les maternelles dès que les instites -trop occupées à changer les couches des gosses qui leur sont abusivement confiés- ont le dos tourné, et éventuellement de foutre au trou les multirécidivistes dangereux dès leur douzième carat homologué, penchons nous un instant sur cet extrait d'un ouvrage paru récemment :
51pjC0u2mOL._SL500_AA240_.jpg"Mais tout cela ne doit pas faire oublier que le taux d'homicide reste à peu près stable. En 1936, il était de 1,1 pour 100 000 habitants, en 1968 de 0,8, en 2000 de 0,7 comme au Royaume-Uni, contre 0,9 en Allemagne, 1,2 en Suède, 6,2 aux États-Unis, 10, 8 au Mexique, 28,4 en Russie, 60,8 en Colombie. Le sentiment de vide, religieux et idéologique, explique autant que la réalité objective le phénomène d'angoisse sociale qui a conduit, irrésistiblement, à la montée du sentiment d'insécurité".
(Emmanuel Todd, Après la Démocratie,Gallimard 2008, p.214)

Merdre ! Alors, comme ça, le frenchie standard (tout comme le rosbif ordinaire) a 9 fois moins de chance de se faire buter d'un coup de bastos dans le buffet qu'aux paradis étatsunien (vous savez, le pays de la tolérance-zéro), 40 fois moins de bol de se faire suriner que chez les cosaques, et 88 fois moins de se faire sauter le caisson qu'en douce Colombie, où notre très sainte Ingrid est revenue pourtant même pas morte.
Si c'est pas un miracle, ça...
Alors on comprend que Freddy Lefebvre, Histrioskozy, Hortefeux et Rachida en fassent des tonnes, parce que dans tout ça, en définitive, si on ne fait pas tout pour devancer les "Anglais", c'est vraiment qu'on veut se taper la honte.

Commentaires

Et on ne dit rien au sujet de la proximité entre les victimes et les coupables : la majeure partie des homicides ont lieu dans le cercle familial, amical ou de voisinage immédiat (dans l'ordre décroissant d'importance). La plupart des assassinés connaissaient déjà leur meurtrier. Mais on parle alors de drame passionnel, familial, du chômage, de l'alcool, de la retraite ou de la défaite électorale comme pour un député UMP qui a été honoré par l'Assemblée nationale.

Le problème, c'est que l'on raconte des histoires faisant oublier la très faible proportion de crimes crapuleux ou commis par des tueurs en série ou des psychopathes (catégorie née aux Etats-Unis) ou des terroristes. Le storytelling permet de donner deux faces différentes à une même réalité :

- Il faut compatir à ce qui pourrait nous arriver et le coupable est autant victime, il pourrait être nous tout comme nous pourrions être la victime, on retrace son histoire, les crimes commis par des proches sont un peu compréhensibles et excusables. On minimise ainsi ce qui entre dans les chiffres de la violence, on insiste sur ce qui permet l'identification du lecteur aux différents acteurs du drame de la vie ordinaire.

- ll faut redouter en revanche tout ce qui vient de l'inconnu. Chanal, Robert Louis, Fourniret, Dutroux, ce sont des figures rares. Mais on insistera sur leur aspect diabolique et monstrueux afin de montrer que leur caractère banal était en fait une preuve supplémentaire de leur perversité. Et on traquera tous les signes qui pourraient montrer leur folie à l'œuvre dès le plus jeune âge et ce qui fait qu'ils ne sont pas de notre monde.

D'un côté les "cas célèbres" à la mode des XVIIIe-XIXe s. comme dans les Illustres Françaises de Challes. Il faut faire pleurer dans les chaumières, comme au temps de la Bibliothèque bleue. La pitié donc. De l'autre, des histoires scénarisées à la mode américaine, où on répète sans cesse des mêmes rapports d'experts et des témoignages douteux de manière à susciter la terreur.

On a les deux faces de la tragédie. Mais sans le processus de la catharsis. Et c'est l'aspect de la terreur qui l'emporte puisque cela ne s'exerce plus que de manière vague, indéterminée, sans aucun rapport avec la réalité vécue par les individus. Il ne faut donc pas s'étonner que les passions ne soient pas purgées.

Écrit par : Dominique | mercredi, 10 décembre 2008

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