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lundi, 24 novembre 2008

En avant la Musique ! (6)

Le printemps laissait défiler ses derniers jours et faisait place sans histoires à l’été naissant.

Jour de fête !

La Fête Nationale est toujours marquée par son nombre de festivités. A cette époque, on en profitait pour remettre les prix aux élèves les plus brillants, et c’était bien entendu avec fierté, mais aussi avec une émotion non dissimulée, que les lauréats montaient les quelques marches de l’estrade installée pour l’occasion sur un chariot agricole habituellement dédié au transport des ballots de paille.
On imaginait déjà la mise au point d’une tactique pour bien figurer dans la course à l'œuf, cette épreuve où les concurrents devaient parcourir une centaine de mètres, le plus rapidement possible, tout en tenant fermement entre leurs dents une cuillère tenant lieu de support pour cet œuf frais. On élaborait une stratégie inouïe afin de prendre l’avantage sur tous les autres adversaires dans la course de lenteur à bicyclette
: La principale difficulté consistait, tout en demeurant en équilibre sur sa machine, à rallier la ligne d'arrivée en ultime position, en adoptant une allure de tortue. Mais gare au "sur place" qui disqualifiait immanquablement l'auteur de la fatale infraction. L'ancestrale course en sac alimentait, par ses frénétiques soubresauts, son rythme chahuté et son lot de chutes aussi spectaculaires que prévisibles, l'hilarité du public.
Il en allait de même pour ce curieux concours du plus mangeur de tarte aux myrtilles. La spécialité culinaire locale devait être ingurgitée dans un temps record, sans le secours des mains, ficelées soigneusement derrière le dos des concurrents !
Tout ce joyeux programme, attendu d’année en année, était en général réservé à l’après-midi de ce jour de fête, la matinée étant consacrée aux festivités habituelles, avec dépôt de la traditionnelle gerbe de fleurs au monument aux morts, et l’exécution de l’hymne national en présence de la population rassemblée.
Dans la matinée, on comprit rapidement que quelque chose d’inhabituel allait se passer, alors que l’Harmonie - société musicale nouvelle que Mme Girardin née Weber avait porté sur les fonts baptismaux - s’était rangée en ordre de marche.
Mais la Résistance avait décidé de perpétuer la tradition. Hormis les périodes de guerre, jamais la Lyre Républicaine n’avait manqué à son
devoir. Il était impensable que la Lyre n’entonnât point «le chant de Guerre des armées du Rhin», autrement appelé « Marseillaise».
Se dirigeant promptement vers Monsieur Petitjean, elle se planta devant lui, et, écartant ses bras pour prendre la position du Christ en croix, elle déclara :
- Fous ne chouerez pas ! Che fous intertis t’afancer !
- Nous jouerons ! répliqua le chef des insurgés. En avant !
marseillaise%20de%20rude.jpg
Et joignant le geste à la parole, ses deux bras tendus en avant s’abaissèrent fermement vers le sol, abattant du coup les deux bras de la croix improvisée du nouveau maire, laissant le passage au cortège musical qui exécuta sans délai les premières mesures de l’air célèbre de Rouget de L’Isle devant ce rassemblement de citoyens médusés ou amusés, selon le camp que l’on avait choisi de rallier. Si l’on en croit les estimations des organisateurs ou les chiffres officiels du garde-champêtre, la foule qui suivait la Lyre Républicaine était indubitablement la plus nombreuse.
Le cortège s’ébranla ainsi pour traverser le village. Au passage devant le café «le Franco-Belge», autrement
dit chez Simone, c’est une pluie de cailloux qui s’abattit sur la fanfare rebelle, avec de prometteurs «aux chiottes, la Lyre» suivis d’une bordée d’injures à faire pâlir les pires harengères...
Aucune victime sérieuse n’étant cependant à déplorer, la joyeuse troupe put traverser l’intégralité du bourg sans autre dégât.
La revanche était éclatante.

14:50 Écrit par boeufquipleure dans récits | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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