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lundi, 24 novembre 2008

En avant la Musique ! (5)

La punition fut sans appel : finie la subvention accordée annuellement à la formation musicale. Plus de sous pour les déplacements, plus de salle pour les répétitions, plus de banquet annuel. Plus rien. Faulte d’argent, c’est la doleur non pareille (6).
La Lyre Républicaine devait mourir, faute de pouvoir faire brûler l’ensemble de la formation sur la place du village, entre les deux cafés, on lui permettait de ne plus exister. Pis encore, un certain nombre de traîtres, qui avait déserté en rase campagne, avait laissé tomber leur activité au sein du groupe musical, pour passer à l’ennemi. Les félons, avec l’appui du nouveau maire, eurent tôt fait de constituer à leur tour une formation musicale afin de succéder à la lyre, ou tout du moins de la concurrencer.
Car la résistance s’était rapidement organisée. Passée l’amertume de la défaite, la troupe républicaine se reforma rapidement et décida de prendre le maquis musical et de résister coûte que coûte à l’oppression totalitaire que représentait la nouvelle équipe municipale et sa volonté d’en finir avec la musique trop révolutionnaire. On allait alors voir tous les samedis un étrange cortège se dirigeant nuitamment chez madame Rousseau, dans une ancienne boucherie maintenant désaffectée, où les musiciens rescapés prenaient place tant bien que mal dans ce réduit inconfortable au possible pour produire un vacarme assourdissant au plus grand contentement de la propriétaire des lieux, qui avait conscience d'œuvrer à une cause noble et juste. La grosse caisse coincée entre le marbre et la chambre froide, les trombones coulissant entre le tiroir-caisse et la balance, les musiciens-résistants n’avaient que plus de mérite à pratiquer leur art dans des conditions épouvantables d'exiguïté et de froidure.
Face à l’Harmonie Municipale nouvellement créée, la Lyre Républicaine un temps exsangue, sut réagir et reconstituer des troupes capables de continuer la tradition. On n’hésita pas à embaucher tous les membres de la même famille: on citera par exemple les familles Desjardin, Larzillière et Jonval qui apportèrent du sang frais à la formation musicale désormais maquisarde.
Naturellement, cette pratique musicale n'en devenait que plus excitante depuis que la Lyre avait adopté, à son corps défendant, une manière de statut particulier que lui conférait sa clandestinité récente.
Le noyau dur avait su résister, et l'adversité avait eu ce don de galvaniser la troupe des irréductibles musiciens mazurois, qui se sentait désormais investie de la mission citoyenne de perpétuer la pratique musicale, dans le cadre républicain qui n'avait jusqu'alors subi aucune défaillance.
Forts de cette nouvelle expérience née dans la douleur et le désarroi, les responsables de la société musicale insurrectionnelle avaient su faire preuve d'audace et d'imagination, afin de déjouer les chausse-trappes et autres vilenies ourdies par les tenants du nouvel ordre moral qui régnait désormais sans partage.
Si l'accès aux salles municipales était devenu un lointain souvenir, on sait comment les mutins surent s'y prendre pour contourner l'obstacle. Restait cependant à trouver une aire suffisamment vaste pour apprendre aux nouvelles recrues les rudiments du pas cadencé indispensable à toute formation appelée à défiler en musique. Des âmes charitables ne se firent pas prier pour accueillir la troupe renforcée de novices et d’anciens musiciens ayant atteint depuis fort longtemps l’âge de la réforme, afin de gommer toutes les imperfections qui pourraient être décelées et qui ne manqueraient pas se susciter d’inévitables moqueries revanchardes en cas de faux pas ou de canard malencontreux.
C’est ainsi qu’un curieux va-et-vient assuré par la 403 du président-directeur d’école menait les uns et les autres vers la ferme de la famille Desjardin à Neuve-Forge, famille qui au passage avait contribué notablement à éponger les défections post-électorales.
Cette ferme hébergeait alors un élevage de cochons. On imagine aisément les rires contenus de la frange réactionnaire de la population qui voyait dans le choix de ce lieu de répétition... une chose bien naturelle ! Les séditieux n’en n’avaient cure, et pensaient au fond d’eux-même que leur persévérance et leur abnégation les conduiraient naturellement vers une reconnaissance universellement retrouvée. Au demeurant, le groupe était fort occupé à préparer sa prochaine représentation, qui serait à coup sûr le sacre d’une pleine saison marquée cruellement par ce terrible coup du sort.
à suivre

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6 Rabelais

14:42 Écrit par boeufquipleure dans récits | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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