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lundi, 24 novembre 2008

En avant la Musique ! (4)

Le jour de gloire est arrivé !
Personne n’osait faire de pronostics, tant la campagne avait été marquée par les insultes, les quolibets et autres sarcasmes, autant de marques fréquentes d’ignorance et de bêtise accompagnant trop souvent le cérémonial de désignation des représentants de la légitimité républicaine.
Quand arriva l’heure du dépouillement, le regard soupçonneux ou incrédule, chacun attendait avec impatience mais aussi avec crainte le verdict populaire. Dans une ambiance délétère, on fit lecture de chacun des bulletins, avec son cortège de panachages exotiques, de ratures vengeresses, de mentions incendiaires et de commentaires salaces. Cent fois on exigea le silence, cent fois le décompte fut repris. Le dernier bulletin étant lu, c’est une véritable rage qui se déclara. Non du fait des battus, particulièrement... abattus, mais des partisans des vainqueurs, qui trouvèrent en cette l'occurrence l'opportunité de régler certains comptes inavouables.
Le Renouveau était l’éclatant vainqueur de la consultation, le Progrès Social n’avait plus que ses yeux pour pleurer. Le second tour permit malgré tout aux partisans du maire sortant de trouver place au sein du nouveau conseil municipal. Mais bien entendu, le pouvoir venait de changer de mains.
En ce mois de mars 1965, le premier conseil qui se réunit quelques jours plus tard vit l’élection de la tête de liste, Madame Girardin au poste de premier magistrat de la commune, accomplissant idéalement le souhait tant désiré de son époux empêché...
Les choses allaient changer, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, les premières mesures allaient rapidement être mises en place. Cela n’allait pas traîner, cela avait été promis, on allait voir ce qu’on allait voir.
L’arrivée d’une nouvelle équipe municipale à la tête des affaires est souvent l’occasion d’affirmer la prééminence d’un nouveau style, de marquer par des actes fortement symboliques l’empreinte qu’on entend laisser dans l’histoire de la gestion de la cité.
Les événements qui allaient suivre ce changement d'équipe municipale allaient quelque peu précipiter ce train de mesures...

Pas d'aubade pour la mairesse


Généralement, avec la fin du printemps débutaient les concerts traditionnels du dimanche matin. Le plaisir d'être réveillé en musique était ainsi communément apprécié dans la région. La prestation n'était pas précisément régulière, mais il était de tradition d'offrir un concert en l'honneur de celui qui était appelé à mener les destinées du village. Mme Girardin, née Weber, nouvellement installée aux commandes de la commune, comptait bien être saluée, ainsi que de coutume, au son d'une aubade reconnaissante.  Persuadée que la hache de guerre se trouvait à présent profondément enfoncée dans ce sol d'Ardenne, l'impétrante ne doutait pas que l'hommage dû au premier magistrat lui serait rendu. On pensait bien que les récentes autant que malheureuses anicroches suscitées par ce scrutin tumultueux  laisseraient d'inévitables cicatrices.
Si certains avaient pressenti rapidement qu'entre la musique et le nouveau pouvoir, on s'était embourbé dans un conflit de loyauté, peu s'attendaient néanmoins à ce que les événements prennent une tournure irrémédiable. Ce fut pourtant le cas.
Parmi les colistiers de M. Petitjean, il y avait, on le sait, des membres importants de la Lyre républicaine. Pour eux, il était hors de question d'apporter de telles aubaines à la représentante de la restauration. Il était hors de question de cirer les escarpins de celle qui avait bouté le « Jules » hors les murs de la mairie. Le maire serait donc privé d'aubade, on ne transigerait pas sur ce point, la plus grande fermeté s'imposait sur ce sujet, même s'il fallait s'attendre à de cruelles représailles. Cela n'allait pas traîner.
L’occasion était trop belle, on avait la possibilité, bien avant la venue de la fête foraine, de réaliser le carton du siècle. La victime était en place, il n’y avait plus qu’à la dégommer. Tenant lieu pour l’occasion de victime expiatoire, la Lyre Républicaine symbolisait parfaitement la compromission avec le régime déchu. On allait lui faire, par-delà le camouflet du concert manqué, payer très cher son enracinement socialo-bolchevique. Et il n’y aurait pas de quartier ! En arrière la musique ! Vade retro satanas !

14:28 Écrit par boeufquipleure dans récits | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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