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lundi, 24 novembre 2008

En avant la Musique ! (2)

La retraite à soixante ans ?

1965. La France songeait déjà à l'élection présidentielle qui se profilait pour la fin de l'année. Était-ce l'importance de cette consultation républicaine qui mit en émoi quelques esprits chagrins ? Avait-on pris un peu d'avance sur les événements insurrectionnels qui éclateraient finalement trois années plus tard ? Toujours est-il que la petite cité des Mazures allait devenir pour quelques semaines l'objet d'un enjeu quasiment national.
Précédant les élections présidentielles, les municipales qui eurent lieu cette année-là apportèrent leur lot de changement. Il faut dire, que pour occuper la fonction de premier magistrat de la commune, les deux listes principales qui s'opposaient alors avaient pour têtes deux personnages au tempérament marqué.
A la tête de la liste marquée à gauche, il y avait le sortant, le vénérable et méritant Jules Rogissart(1), mais toutes les espérances convergeaient naturellement vers M. Petitjean(2), président de la Lyre Républicaine, et directeur d'école, celui à qui de nombreux anciens élèves témoignaient leur reconnaissance, du fait de son opiniâtreté à présenter le maximum d'élèves au certificat d'études, avec pour conséquence la fierté de ceux qui étaient admis, mais aussi une certaine rancoeur doublée de honte pour ceux qui se trouvaient recalés.
Ce sosie de Monsieur Hulot, l'inoubliable personnage de Jacques Tati, fort de ses deux casquettes, le «second» de liste de la gauche locale faisait figure d'homme de la situation et l'élection paraissait devoir sans surprise échoir aux représentants de la tradition de défense du combat du monde ouvrier et du labeur. Cependant, l'adversaire avait de son côté fourbi ses armes avec âpreté et détermination.
Structurant sa quête électorale autour de valeurs profondément rurales et spirituelles, l'équipe qui déclarait s'opposer à la municipalité sortante avait choisi de s'autoproclamer «liste pour le renouveau» face à la liste «pour le progrès social».
Cela faisait bientôt une décennie qu'elle avait quitté son beau pays d'Alsace pour faire ses classes comme secrétaire de mairie, elle était mariée depuis plusieurs années à un certain Raoul Girardin, qui, pour des raisons obscures, avait juré qu'il finirait par avoir la peau des «gérauds»(3) .
Toutefois, une sombre histoire de condamnation pour... abandon de famille, avait contraint ledit Girardin à pousser sa nouvelle épouse à devenir candidate par procuration.
Disciplinée, cette dernière mit un point d'honneur à ne pas décevoir les attentes de son époux qui entendait prendre une revanche électorale éclatante sur l'infamie que la justice avait collé sournoisement à ses guêtres. Et c'est ainsi que la néo-Mazuroise prit l'étendard de l'opposition aux «forces de progrès».
Mme Girardin., née Weber (4), avait judicieusement pris le soin de tisser un réseau préparé par M. le curé, l'abbé Fagnières5, qui ne ménageait nullement ses efforts afin de faire triompher la cause de la tradition rurale, chrétienne et familiale. Sermons ciblés, réunions clandestines ou officielles, chaque camp avait pris soin de délimiter son territoire : si la «gauche» avait jeté naturellement son dévolu chez Lucienne pour «le Café de l’Univers», la «droite» s'était repliée avec un accueil au demeurant fort chaleureux chez Simone au «Franco-Belge».
Le front étant délimité, une véritable bataille s'engagea alors : quiconque pactiserait avec l'autre camp serait impitoyablement considéré comme traître à la cause. Le ton monta souvent, et dans bien des familles, on se déchira selon qu'on se positionnait envers un camp ou un autre.
Comme en bien des situations comparables, la rumeur, la diffamation et la calomnie furent abondamment utilisées pour tenter de déstabiliser ou décrédibiliser définitivement l'adversaire.  Si les protagonistes des deux camps étaient nettement identifiés, les raisons qui poussèrent un certain nombre de citoyens à se fondre dans les troupes adverses paraissent relever du mystère le plus abscons, tant la ligne de démarcation semblait naturellement infranchissable.
Il convient de revenir un instant sur le rôle du curé du village. Depuis sa prise de fonction, l'année précédente, une ambiance particulière avait pris corps dans le village, alimentée par un lot d'histoires plus ou moins sulfureuses au fur et à mesure que l'abbé tentait de marquer de son empreinte les destinées de la paroisse. N'était-il pas arrivé précédé d'une réputation de séducteur patenté, voire de suborneur...
Apôtre pour les uns, véritable «Raspoutine» pour les autres, l'homme ne laissait personne indifférent. Les sujets qu'il abordait au moment de ses sermons sont restés dans la mémoire des habitant du cru. On raconte qu'un matin, l'archevêque de Reims, Monseigneur Marty lui-même, inquiet des rumeurs propagées au sujet du nouveau curé, avait tenu à effectuer le déplacement depuis la capitale des sacres, afin de se rendre compte de l'étendue du problème : il se présenta à la porte du presbytère. Après avoir appuyé consciencieusement sur le bouton de la sonnette, quelle ne fut pas sa surprise de voir une assemblée bruyante et désordonnée d'enfants sans surveillance.  La petite fille qui le fit entrer s'en souvient encore.
- Où est Monsieur le curé ? demanda le futur cardinal.
- Il fait la conférence sur la femme enceinte ! rétorqua la jouvencelle.

De mauvaises langues prétendaient que l'abbé Fagnières en connaissait un rayon sur le sujet, au point que des affirmations, concernant des possibles descendances, se voyaient aisément confirmées dans les lieux où il avait exercé son sacerdoce, avec, disons-le, fougue, entrain et passion.

à suivre


1 nom réel
2 idem
3 sobriquet attribué aux homonymes du «Jules» Rogissart, le géraud étant un geais en patois des Mazures
4 il s’agit là de noms d’emprunts
5 idem

 

14:16 Écrit par boeufquipleure dans récits | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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